« Transformation digitale, intelligence artificielle, automatisation, transition énergétique, nouveaux modèles industriels : les entreprises africaines sont confrontées à une accélération sans précédent de la transformation des métiers.

Dans de nombreux secteurs, la question n’est désormais plus seulement de savoir comment recruter de nouveaux talents en Afrique, mais comment faire évoluer les compétences déjà présentes dans l’entreprise.

Deux concepts occupent ainsi une place croissante dans les stratégies RH : l’upskilling, qui consiste à renforcer ou actualiser les compétences d’un collaborateur dans son métier, et le reskilling, qui vise à lui permettre d’acquérir de nouvelles compétences afin d’évoluer vers une fonction différente.

Pour les DRH africains comme pour les groupes internationaux implantés sur le continent, ces politiques de développement des compétences deviennent progressivement un enjeu de compétitivité, mais également de fidélisation des talents et de réduction de la dépendance au recrutement externe. »

 


  1. Une mutation accélérée des métiers

Le marché de l’emploi africain connaît une situation particulière. Le continent dispose d’une population jeune et d’un nombre croissant de diplômés, mais les entreprises rencontrent parallèlement des difficultés pour recruter certaines compétences immédiatement opérationnelles.

Cette apparente contradiction s’explique notamment par la vitesse à laquelle évoluent les besoins des entreprises.

Les compétences recherchées il y a encore cinq ou dix ans ne correspondent plus nécessairement aux compétences nécessaires aujourd’hui. L’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, la data, l’automatisation industrielle, les énergies renouvelables ou encore la digitalisation de la finance font apparaître de nouveaux métiers.

Cette évolution oblige les directions des ressources humaines à passer progressivement d’une logique de gestion des postes à une véritable gestion prévisionnelle des compétences.

Mutation Impact sur les compétences Poids RH Priorité
Intelligence artificielle Très élevé 10/10 ★★★★★
Transformation digitale Très élevé 10/10 ★★★★★
Automatisation industrielle Élevé 9/10 ★★★★★
Cybersécurité Très élevé 9/10 ★★★★★
Transition énergétique Élevé 8/10 ★★★★
Nouveaux usages clients Élevé 8/10 ★★★★
ESG et développement durable Croissant 7/10 ★★★★

  1. Upskilling : faire progresser les compétences existantes

L’upskilling consiste à développer les compétences d’un salarié afin qu’il puisse continuer à exercer son métier dans un environnement devenu plus complexe ou plus technologique.

Un comptable peut par exemple apprendre à utiliser de nouveaux outils d’analyse et d’automatisation. Un responsable commercial peut être formé au CRM, à la vente digitale et à l’exploitation des données clients. Un ingénieur de maintenance peut développer ses compétences dans la maintenance prédictive et l’analyse de données industrielles.

L’objectif n’est donc pas de changer de métier, mais de faire évoluer le niveau de compétences.

Pour les entreprises africaines, cette stratégie présente un avantage considérable : elle permet de capitaliser sur des collaborateurs qui connaissent déjà l’entreprise, ses clients, son environnement économique et sa culture.

Former un collaborateur disposant d’une bonne connaissance du terrain peut ainsi être plus efficace que rechercher systématiquement sur le marché un profil réunissant l’ensemble des nouvelles compétences recherchées.

 


  1. Reskilling : préparer les métiers de demain

Le reskilling répond à une problématique différente. Il consiste à former un salarié afin qu’il puisse exercer une nouvelle fonction lorsque son métier évolue fortement, se transforme ou risque progressivement de disparaître.

Cette problématique devient particulièrement importante avec l’automatisation et l’intelligence artificielle.

Certaines tâches administratives répétitives, opérations de contrôle ou activités de saisie sont progressivement automatisées. Mais cette évolution ne signifie pas nécessairement la disparition des collaborateurs concernés.

Une politique RH de reskilling peut permettre à un employé administratif de s’orienter vers la relation client, à un technicien traditionnel d’évoluer vers la maintenance de systèmes automatisés ou à un collaborateur financier de développer des compétences en analyse de données.

Le reskilling introduit ainsi une nouvelle logique : avant de rechercher une compétence à l’extérieur, l’entreprise peut se demander si elle possède déjà en interne un collaborateur susceptible de l’acquérir.

Stratégie RH Objectif Délai Poids stratégique
Upskilling Renforcer les compétences actuelles Court/moyen terme 10/10
Reskilling Préparer un changement de métier Moyen terme 9/10
Recrutement externe Acquérir immédiatement une compétence Court terme 8/10
Mobilité interne Valoriser les talents existants Moyen terme 9/10
Formation continue Maintenir l’employabilité Permanent 10/10

  1. Pourquoi l’Afrique est particulièrement concernée

L’upskilling et le reskilling présentent une importance particulière sur le continent africain en raison de la rapidité des transformations économiques.

Le développement des télécommunications, de la fintech, des infrastructures, des énergies renouvelables, de la logistique, de l’industrie, des data centers et des services numériques transforme profondément les besoins en recrutement.

Dans certains pays, le développement économique est même plus rapide que la capacité du système de formation à produire les compétences recherchées.

Les entreprises sont alors confrontées à un choix : recruter des profils internationaux, se livrer à une forte concurrence pour attirer les quelques spécialistes disponibles localement ou développer elles-mêmes leurs compétences.

Cette troisième voie devient particulièrement stratégique.

Elle permet également de favoriser progressivement la montée en compétences des cadres locaux et de réduire la dépendance à certaines compétences expatriées.

 

  1. Des priorités différentes selon les pays

Les besoins en compétences ne sont évidemment pas identiques dans l’ensemble des économies africaines.

Le Maroc développe notamment des compétences importantes dans l’industrie automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, l’IT et l’offshoring.

La Côte d’Ivoire connaît des besoins importants dans les infrastructures, la finance, les télécommunications, l’agro-industrie et les services.

Le Sénégal poursuit le développement de son économie numérique, de ses infrastructures et de ses activités énergétiques.

Le Kenya dispose d’un écosystème particulièrement dynamique dans la technologie, les services numériques et la fintech.

L’Afrique du Sud possède quant à elle une base industrielle et financière plus mature, avec des besoins importants dans la data, la cybersécurité, l’énergie et les compétences technologiques avancées.

Pays Domaines prioritaires d’upskilling/reskilling Intensité des besoins
Maroc Industrie, automobile, IT, IA, énergie 9/10
Côte d’Ivoire Finance, data, infrastructures, agro-industrie 9/10
Sénégal Numérique, énergie, infrastructures 8/10
Kenya Tech, fintech, data, cybersécurité 10/10
Afrique du Sud IA, industrie, finance, énergie 10/10
Nigeria Fintech, énergie, digital, industrie 10/10
Ghana Mines, énergie, finance, digital 8/10
Cameroun Industrie, infrastructures, digital 7/10
  1. L’intelligence artificielle accélère le mouvement

L’intelligence artificielle constitue probablement l’un des principaux accélérateurs des politiques d’upskilling et de reskilling.

Son impact ne concerne pas uniquement les métiers technologiques.

Finance, recrutement, marketing, communication, commerce, juridique, achats, supply chain, service client ou ressources humaines : pratiquement toutes les fonctions sont désormais concernées.

Pour les entreprises africaines, l’enjeu consiste donc moins à opposer l’intelligence artificielle aux compétences humaines qu’à former les collaborateurs à travailler avec ces nouveaux outils.

Dans les ressources humaines, par exemple, l’IA peut contribuer au sourcing des candidats, à l’analyse de données RH ou à certaines tâches administratives. Elle ne remplace cependant ni l’évaluation humaine, ni la compréhension interculturelle, ni l’analyse des motivations d’un candidat.

La compétence recherchée devient alors hybride : expertise métier + maîtrise des outils numériques + intelligence relationnelle.

 

  1. Les soft skills deviennent stratégiques

Paradoxalement, plus les entreprises se digitalisent, plus certaines compétences humaines prennent de la valeur.

Adaptabilité, capacité d’apprentissage, communication, intelligence interculturelle, leadership, résolution de problèmes ou esprit critique deviennent indispensables.

Une compétence technique peut devenir partiellement obsolète en quelques années. La capacité à apprendre et à remettre régulièrement ses connaissances à niveau constitue en revanche une compétence durable.

Cette réalité est particulièrement importante dans le recrutement des cadres et dirigeants en Afrique.

Les entreprises doivent donc progressivement évaluer non seulement ce qu’un candidat sait faire aujourd’hui, mais également sa capacité à apprendre ce qu’il devra savoir faire demain.

Soft skill Importance pour le reskilling Poids
Capacité d’apprentissage Essentielle 10/10
Adaptabilité Essentielle 10/10
Esprit critique Très forte 9/10
Intelligence interculturelle Très forte 9/10
Résolution de problèmes Très forte 9/10
Leadership Forte 8/10
Communication Forte 8/10
Créativité Croissante 8/10

  1. Former ou recruter ?

La question devient stratégique pour les DRH : faut-il recruter une compétence qui n’existe pas dans l’entreprise ou former un collaborateur déjà présent ?

Il n’existe évidemment pas de réponse universelle.

Certaines expertises nécessitent un recrutement externe immédiat. C’est notamment le cas lorsque l’entreprise doit lancer rapidement une nouvelle activité ou lorsqu’une expertise technique très spécialisée est indispensable.

Mais dans d’autres situations, l’upskilling ou le reskilling peuvent être économiquement plus pertinents.

Un recrutement externe implique un coût de sourcing, d’intégration et de formation à l’environnement de l’entreprise. Il comporte également un risque d’échec pendant la période d’intégration.

Le collaborateur interne connaît déjà l’organisation, ses procédures et sa culture.

La véritable stratégie RH consiste donc probablement à combiner recrutement externe, mobilité interne et développement des compétences.

 

  1. Le manager devient un développeur de compétences

Les politiques d’upskilling ne peuvent pas relever exclusivement de la direction des ressources humaines.

Le manager opérationnel occupe une position centrale puisqu’il est généralement le premier à identifier les écarts entre les compétences disponibles et celles dont son équipe aura besoin demain.

Son rôle évolue.

Il ne doit plus seulement contrôler la performance immédiate, mais également contribuer au développement de l’employabilité de ses collaborateurs.

Les entreprises africaines capables d’intégrer cette responsabilité dans les objectifs managériaux disposeront probablement d’un avantage important pour anticiper leurs besoins futurs en compétences.

Le management des talents devient ainsi progressivement un élément de la performance opérationnelle.

 

  1.  Mesurer le ROI de la formation

L’un des défis des politiques de formation professionnelle en Afrique reste leur mesure.

Le nombre d’heures de formation réalisées ne constitue pas, à lui seul, un indicateur de performance.

Une entreprise peut organiser des centaines d’heures de formation sans obtenir de véritable transformation des compétences.

Les directions RH doivent donc progressivement mesurer les résultats : compétences acquises, mobilité interne, évolution de la productivité, réduction des erreurs, diminution des recrutements externes difficiles ou amélioration de la rétention des talents.

KPI RH Utilité Poids
Taux de compétences acquises Mesurer l’efficacité réelle 10/10
Mobilité interne après formation Mesurer le reskilling 9/10
Taux de rétention Mesurer la fidélisation 9/10
Réduction des recrutements externes Mesurer l’autonomie RH 8/10
Productivité après formation Mesurer le ROI opérationnel 10/10
Satisfaction collaborateurs Mesurer l’engagement 7/10
Coût par compétence acquise Mesurer le ROI financier 9/10
  1. Un levier de fidélisation des talents

La formation constitue également un outil de fidélisation.

Dans un environnement où certaines compétences sont particulièrement recherchées, proposer un salaire compétitif ne suffit plus toujours.

Les collaborateurs souhaitent également comprendre comment leur employabilité va évoluer.

Une entreprise capable de présenter un parcours de progression, des formations, des certifications, des possibilités de mobilité et des perspectives managériales peut renforcer considérablement sa marque employeur.

L’upskilling devient ainsi simultanément un outil de gestion des compétences et un argument d’attractivité RH.

Pour les jeunes diplômés africains, cette dimension peut être déterminante : l’entreprise n’est plus seulement évaluée en fonction du premier poste proposé, mais également en fonction de ce qu’elle permettra d’apprendre.

 


  1. Repenser le recrutement en Afrique

Cette transformation modifie également les critères du recrutement international et du recrutement en Afrique.

Pendant longtemps, les entreprises ont principalement recherché des candidats correspondant précisément à une fiche de poste : diplôme déterminé, nombre d’années d’expérience, secteur identique et maîtrise immédiate des outils.

Cette logique atteint progressivement ses limites lorsque les métiers évoluent plus vite que les référentiels de compétences.

Le recrutement doit davantage intégrer le potentiel.

La capacité d’apprentissage, la curiosité intellectuelle, l’agilité, l’ouverture culturelle et la capacité à évoluer peuvent parfois devenir aussi importantes que la maîtrise immédiate de toutes les compétences techniques demandées.

Le recruteur ne doit donc plus seulement répondre à la question : « Ce candidat peut-il occuper le poste aujourd’hui ? »

Il doit également se demander : « Quelles responsabilités pourra-t-il exercer dans trois ou cinq ans ? »

 

  1. Vers des entreprises apprenantes africaines

La véritable évolution ne consiste probablement pas à multiplier les formations ponctuelles.

Elle consiste à construire des entreprises apprenantes.

Dans une organisation apprenante, la formation ne constitue plus un événement organisé une ou deux fois par an. Elle devient un processus permanent intégré au fonctionnement de l’entreprise.

Formations digitales, mentorat, mobilité interne, coaching, certifications, communautés métiers, transmission intergénérationnelle, échanges entre filiales africaines et internationales peuvent participer à cette dynamique.

Cette approche présente un intérêt particulier pour les groupes panafricains.

Un cadre ivoirien peut par exemple développer une expertise au Sénégal avant de prendre des responsabilités régionales. Un ingénieur marocain peut transférer son expertise industrielle vers une filiale en Afrique subsaharienne. Un manager kényan spécialisé dans le digital peut accompagner la transformation d’autres implantations du groupe.

La mobilité intra-africaine devient alors elle-même un outil d’upskilling.

 


  1. Anticiper plutôt que subir

Upskilling et reskilling ne sont finalement pas de simples concepts RH. Ils traduisent un changement profond dans la manière dont les entreprises africaines doivent envisager leur capital humain.

Pendant des années, la logique dominante consistait à recruter lorsqu’une compétence devenait nécessaire.

Demain, l’avantage compétitif appartiendra davantage aux entreprises capables d’identifier les compétences dont elles auront besoin avant même qu’elles deviennent critiques.

Niveau de maturité RH Approche Anticipation Note
Niveau 1 Recruter uniquement lorsqu’un besoin apparaît Faible 3/10
Niveau 2 Former pour répondre aux besoins immédiats Moyenne 5/10
Niveau 3 Cartographier les compétences Bonne 7/10
Niveau 4 Upskilling et mobilité interne structurés Très bonne 9/10
Niveau 5 Anticipation permanente des métiers futurs Excellente 10/10

  1. Le capital compétences, nouvel avantage concurrentiel

La compétition économique africaine sera aussi une compétition pour les compétences.

Les entreprises capables d’attirer les meilleurs talents disposeront naturellement d’un avantage. Mais celles qui sauront surtout développer leurs propres talents pourraient disposer d’un avantage encore plus durable.

Dans cette perspective, recrutement, formation, mobilité interne, gestion des talents et anticipation des métiers ne peuvent plus fonctionner séparément.

Ils doivent constituer une même stratégie RH.

Pour les DRH africains comme pour les groupes européens et internationaux implantés sur le continent, la question n’est donc plus uniquement : « Quelles compétences devons-nous recruter aujourd’hui ? »

Elle devient : « Quelles compétences devons-nous construire pour demain ? »

C’est probablement dans cette capacité d’anticipation que se jouera une partie de la compétitivité des entreprises africaines au cours des prochaines années.